13/04/2011

Elle avait les yeux bvert prairie

Elle avait les yeux vert prairie

La jeune fille cueillait des pommes dans le jardin, douce et silencieuse ; ses longs cheveux bruns retenus par une petite barrette en forme de rose lui donnaient un air d’enfant, qu’elle n’était plus tout à fait.

L’ami de sa mère aimait par-dessus tout son regard vert prairie, ombré de longs cils noirs.

Elle se tourna vers à la maison :

-« Simone, nous t’attendons pour le goûter ! »

-oui, maman je viens.

Une simple petite robe à bretelles laissait le soleil brunir ses frêles épaules.

Sa mère est là, assise sous la véranda, le même regard éclaire son visage en forme de cœur. Deux bandeaux retenus sur la nuque laissent échapper quelques mèches

châtain clair.

Simone va poser les pommes à la cuisine, revient avec la théière. Pierre est là, comme chaque jour, depuis 5 ans maintenant, il lui tient la main.

Plus alanguie que de coutume, sa mère refuse la part de gâteau que Simone s’était fait une joie de confectionner

-« Tu souffres, maman ? »

- Non, non, je vais bien, je crois que je vais dormir un peu.

Elle ferme les yeux, son souffle s’apaise, son regard à lui ne la quitte pas, et Simone voudrait la prendre, la secouer…

- non, ne dors pas, regarde-moi…

Inexplicablement la respiration ralentit, pour s’arrêter complètement.

La sidération de Simone fait place à la folie du cri.

Pierre se penche, sa main frôle le cou de sa mère…

- Non, Simone, c’est fini.

Il est resté dans la maison, il a été là, toujours. Disponible, calme.

Simone était comme ces petits coquillages, accrochés au rocher, minéraux et pourtant vivants que la mer recouvre et découvre à chaque marée ; et lui était ce rocher, son chagrin, c’était la mer…

Et puis, elle lui ressemblait tellement, ils avaient tant à se dire, à se souvenir ensemble.

La vie s’est installée, à nouveau, pour eux, semblable à ces petits cocons soyeux, qui permettent aux oisillons de grandir, tout en les protégeant.

Leur amour a été ainsi, fragile et vulnérable, mais avec une voix si pure.

Et puis un fils est né.

Sur ce fils on ne sait rien, jusqu’à ce jour funeste où il perdit la vie.

Simone était restée seule après la mort de Pierre. Et ce fils, avec ce poids inexpliqué, sur sa vie, sur des projets…

On sait juste qu’un soir, entouré d’amis inconnus, il a voulu montrer son courage au jeu stupide de la vie et de la mort…

Un revolver avec le barillet qui tourne ; une seule balle,

Et voila qu’il meurt

Et plus de poids incompréhensible sur les épaules, le ciel qui s’approche.

Et elle, sa mère, que dire de ce désastre ?

Comment vit-elle ? Survit-elle ?

La folie, pleine de cris et de silences, l’emmène à bord de son bateau noir.

 

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